Histoire des forges et des mines

Des minières médiévales à la fermeture des mines en 1978 : textes et images.

L’extraction du minerai à ciel ouvert

Du Moyen-Âge, et probablement dès l’âge du fer, jusqu’au milieu du XIXᵉ siècle, le minerai de fer était extrait à ciel ouvert, dans des minières creusées au niveau des affleurements du gisement. La minière de La Ferrière-aux-Étangs est attestée dès 1370, celle de Saint-Clair-de-Halouze est ouverte en 1473. Elles étaient exploitées par des « minaires », paysans-mineurs qui abattaient le minerai au pic ou à la pioche. Plusieurs siècles d’exploitation ont creusé d’immenses tranchées, longues parfois de plusieurs kilomètres et profondes d’une quinzaine de mètres.

Le fer des bas-fourneaux au Moyen-Âge

Le minerai était transporté à dos de cheval jusqu’aux forges. Dans les bas-fourneaux, modestes fours en argile d’un ou deux mètres de haut, on réduisait le minerai pour en extraire le fer. La loupe obtenue était martelée sur l’enclume pour la débarrasser de ses impuretés. Ces installations étaient implantées autour des étangs de La Ferrière et en forêt de Halouze, à proximité du minerai, du charbon de bois et de l’eau. Les nombreux ferriers (tas de scories) identifiés — une vingtaine rien qu’aux environs de Saint-Clair-de-Halouze — laissent deviner l’intensité de cette activité.

L’industrie du fer à l’époque moderne

À partir du XVIᵉ siècle se développe le « procédé indirect » : on produit d’abord de la fonte avant d’obtenir du fer. Les premiers hauts-fourneaux du Bocage sont attestés dès 1530 à Saint-Clair-de-Halouze, 1566 à Larchamp et 1586 à Varenne. La forge de Varenne, à Champsecret, seule subsistant dans l’ouest de l’Orne, est classée Monument historique : on y voit encore le haut-fourneau (fusion du minerai au charbon de bois), la forge d’affinerie (transformation de la fonte en fer) et la fenderie, ancêtre du laminoir. La toponymie garde la trace de cette activité : Saint-Bômer-les-Forges, La Selle-la-Forge, La Forgetière, Le Vieux Fourneau…

Visiteurs aux forges de Varenne, vus du ciel
Les vestiges de la forge de Varenne, à Champsecret.

Une industrie liée au monde rural

Les grosses forges employaient chacune une centaine de personnes. Les ferrons — fondeurs, affineurs, chauffeurs, fendeurs — formaient une élite ouvrière. Une forge mobilisait en outre près de 150 chevaux. Cette industrie utilisait le charbon des forêts voisines et l’énergie des rivières, employait une main-d’œuvre paysanne et était encadrée par la noblesse locale. Concurrencées au XIXᵉ siècle par la sidérurgie au coke, les forges fermèrent les unes après les autres : Halouze dès 1801, Varenne, la dernière, en 1866.

Les mines de fer de l’Orne

À la fin du XIXᵉ siècle, les besoins en fonte et en acier sont colossaux (chemin de fer, mécanisation). Les premiers sondages sont entrepris à Saint-Clair-de-Halouze dès 1884 et à La Ferrière-aux-Étangs en 1897. Trois concessions sont exploitées : La Ferrière-aux-Étangs (1901–1970, Forges et Aciéries de Denain-Anzin), Larchamp (1903–1932) et Saint-Clair-de-Halouze (1905–1978, Châtillon-Commentry-Neuves-Maisons).

Le travail des mineurs « au fond »…

Les mineurs descendaient par un puits ; ceux des années 1950 s’enfonçaient à près de 400 m. Au fond, ils foraient le minerai au marteau-perforateur pneumatique et l’abattaient à la dynamite. Le minerai, chargé à la pelle dans des wagonnets, était tiré par des chevaux, puis par des locomotives électriques. Le carreau de Saint-Clair-de-Halouze, avec son chevalement toujours dressé au-dessus du puits, est le symbole de ce passé.

Le chevalement émergeant de la forêt de Halouze
Le chevalement du carreau de la mine de Saint-Clair-de-Halouze.

… et des ouvriers « au jour »

Remonté « au jour », le minerai était concassé, criblé, lavé puis acheminé vers les fours de calcination. Ceux de la Butte Rouge, à Dompierre, sont les premiers construits en Normandie et les seuls en pierre qui subsistent dans la région. Aménagés à flanc de colline, ils fonctionnaient « en cascade » : chargés par le haut, les fours grillaient le minerai à 800 °C ; il était ensuite stocké au-dessus des tunnels où les trains venaient le charger, direction les hauts-fourneaux du Nord.

Les tunnels de chargement en contrebas des fours
Les tunnels de chargement de la Butte Rouge.

Les mines, creuset de populations

Chaque mine employait près de 500 mineurs et ouvriers. Dans l’entre-deux-guerres, un mineur sur deux était d’origine étrangère à Saint-Clair-de-Halouze, et l’on comptait 42 nationalités à La Ferrière-aux-Étangs. Dans les cités minières, logements standardisés, école, coopérative, terrain de sport et salle des fêtes, financés par les compagnies, témoignent du poids du paternalisme et de la force du syndicalisme.

La fermeture des mines

Concurrencées notamment par les mines de Mauritanie, aux coûts d’exploitation sans commune mesure, les mines de La Ferrière-aux-Étangs et de Saint-Clair-de-Halouze ferment respectivement en 1970 et en 1978.

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